Putain, les fragments d’images pour reconstituer la soirée en un puzzle tronqué, en une mosaïque détériorée, le bruit du périph’, la pluie, la location de DVDs, l’odeur des oignons qui transpire des murs, l’assiette avec quelques pâtes mortes et un restant dégueulasse de sauce en pot. La flemme de réfléchir à quoi que ce soit, l’incapacité à faire preuve d’un quelconque semblant de volonté, atermoiements qui n’en sont pas puisque je sais que la lessive ne sera pas faite aujourd’hui, sensation diffuse de fatigue, ces abrutis de footeux dont les cris et hurlements « Ouais ! Vas-y ! Passe ! » sont déprimants à écouter, cette table jonchée d’objets hétéroclites, immense foutoir de bouteilles vides et pleines, de Nutella, de préservatifs bien intacts dans leur boîte, de CDs sans boîtier, de cendres de clopes et de miettes de gâteaux apéro, toujours cette puanteur d’oignons, par terre c’est encore pire, quelle saleté ! et la poêle innommable, pleine de graisse, plaques sales, évier encombré, sans oublier les habits que je porte depuis la veille et que je n’ôterai pas avant d’aller me laver, soit avant de me coucher… Pas de doute, je suis en plein dans l’un de ces après-midis désespérants qui caractérisent mes dimanches. Eric Davirage
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